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L’UE à un tournant: les nombreuses facettes de la crise de l’asile

Article rédigé par Philippe De Bruycker, Professeur au Migration Policy Centre (RSCAS) et Evangelia (Lilian) Tsourdi, Assistante de recherche au RSCAS. 

L’UE est en crise. Cela a commencé avec une crise sur les mots. La Commission a publié son « Agenda européen en matière de migration » le 13 mai 2015, en fait, c’était un ordre du jour concernant l’immigration et l’asile, mais principalement l’asile. Quelques semaines plus tard, les journalistes ont redécouvert qu’il importe d’utiliser le terme correct pour qualifier les personnes qui tentent désespérément d’atteindre l’UE afin de trouver une protection: réfugié, pas migrant.

La crise est morale et religieuse. Certains dirigeants des pays de l’Est veulent préserver la tradition chrétienne de leurs sociétés en refusant d’accueillir des réfugiés musulmans. Ils ne savent sans doute pas que la Bible dit: « Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors; mais vous êtes concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu » (Ephésiens, 2:19).

La crise est institutionnelle. La décision du Conseil de relocaliser 40.000 personnes au sein de l’Union européenne sur une proposition de la Commission est accompagnée d’une résolution «des représentants des gouvernements des États membres, réunis au sein du Conseil», soulignant que les quotas européens ne sont pas déterminés par l’UE, mais bien en suivant la logique intergouvernementale.

La crise est opérationnelle. L’UE a jusqu’à présent été incapable d’établir des conditions minimales d’accueil dans les îles grecques où les réfugiés arrivent. 25 États (l’UE moins le Royaume-Uni, Irlande et le Danemark, qui n’ont pas adhéré à la décision susmentionnée) ne peuvent pas faire ce que le HCR est en train d’accomplir à l’échelle mondiale: accueillir, identifier et enregistrer les demandeurs d’asile. L’agence européenne d’asile, le Bureau européen d’appui en matière d’asile, créée en 2010, a pour mission non pas de soutenir les réfugiés, mais bien les États membres. Il ne reste plus aucun doute à ce sujet. Mais qu’en est-il d’ECHO, le service de l’UE à l’aide humanitaire et à la protection civile?

La crise est politique. Les États membres de l’UE sont plus divisés que jamais. Après une division entre le «Nord et le Sud» à propos du fonctionnement du mécanisme de Dublin déterminant l’État membre responsable de l’examen d’une demande d’asile, c’est maintenant entre « l’Est et l’Ouest » que la division s’opère, au sujet du caractère obligatoire ou volontaire de la réinstallation des demandeurs d’asile. De surcroît, l’un après l’autre, les États membres de l’espace Schengen sont occupés à ré-établir les contrôles aux frontières intérieures.

La crise est également une crise de chiffres. Le dernier Conseil Justice et Affaires Intérieures du 14 Septembre n’a pu se mettre d’accord sur la relocalisation de plus de 40.000 demandeurs d’asile venant de Grèce et d’Italie à travers le reste de l’UE. La seconde proposition de la Commission relative à une répartition au sein de l’UE de plus de 120.000 personnes est, elle, bloquée. Pendant ce  temps, la Turquie, à elle seule, accueille 2 millions de réfugiés syriens, le Liban 1 million et la Jordanie 600.000.

La méthode Jean Monnet, qui dit que «L’Europe ne se fera pas en une seule fois, ou selon un plan unique. Elle sera construite par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait», n’a pas fonctionné pour l’Espace de Liberté, de Sécurité et de Justice (ELSJ). Quinze ans après la mise en place de l’ELSJ par le traité d’Amsterdam, l’intégration n’est pas suffisante. Espérons que la crise actuelle ne nous conduise pas à faire marche arrière.

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